Читаем Sans famille полностью

La figure de l’agent n’était pas faite pour me donner bonne espérance ; elle était vraiment furieuse, exaspérée par la colère.

Il allait de long en large devant mes cordes et quand il passait près de moi, il avait une façon de me regarder par-dessus son épaule qui me faisait craindre une mauvaise fin.

Joli-Cœur, qui ne comprenait pas la gravité de la situation, s’amusait de l’attitude de l’agent. Il se promenait, lui aussi, le long de ma corde, mais en dedans, tandis que l’agent se promenait en dehors, et en passant devant moi, il me regardait par-dessus son épaule avec une mine si drôle, que les rires du public redoublaient.

Ne voulant point pousser à bout l’exaspération de l’agent, j’appelai Joli-Cœur, mais celui-ci n’était point en disposition d’obéissance, ce jeu l’amusait, et il refusa de m’obéir, continuant sa promenade en courant, et m’échappant lorsque je voulais le prendre.

Je ne sais comment cela se fit, mais l’agent que la colère aveuglait sans doute, s’imagina que j’excitais le singe, et vivement, il enjamba la corde.

En deux enjambées il fut sur moi, et je me sentis à moitié renversé par un soufflet.

Quand je me remis sur mes jambes et rouvris les yeux, Vitalis, survenu je ne sais comment, était placé entre moi et l’agent qu’il tenait par le poignet.

– Je vous défends de frapper cet enfant, dit-il ; ce que vous avez fait est une lâcheté.

L’agent voulut dégager sa main, mais Vitalis serra la sienne.

Et, pendant quelques secondes, les deux hommes se regardèrent en face, les yeux dans les yeux.

L’agent était fou de colère.

Mon maître était magnifique de noblesse : il tenait haute sa belle tête encadrée de cheveux blancs et son visage exprimait l’indignation et le commandement.

Il me sembla que, devant cette attitude, l’agent allait rentrer sous terre, mais il n’en fut rien ; d’un mouvement vigoureux, il dégagea sa main, empoigna mon maître par le collet et le poussa devant lui avec brutalité.

Vitalis faillit tomber, tant la poussée avait été rude ; mais il se redressa, et, levant son bras droit, il en frappa fortement le poignet de l’agent.

Mon maître était un vieillard vigoureux, il est vrai mais enfin un vieillard ; l’agent, un homme jeune encore et plein de force, la lutte entre eux n’aurait pas été longue.

Mais il n’y eut pas lutte.

– Que voulez-vous ? demanda Vitalis.

– Je vous arrête, suivez-moi au poste.

– Pourquoi avez-vous frappé cet enfant ?

– Pas de paroles, suivez-moi !

Vitalis ne répondit pas, mais se tournant vers moi :

– Rentre à l’auberge, me dit-il, restes-y avec les chiens, je te ferai parvenir des nouvelles.

Il n’en put pas dire davantage, l’agent l’entraîna.

Ainsi finit cette représentation, que mon maître avait voulu faire amusante et qui finit si tristement.

Le premier mouvement des chiens avait été de suivre leur maître, mais je leur ordonnai de rester près de moi, et, habitués à obéir, ils revinrent sur leurs pas. Je m’aperçus alors qu’ils étaient muselés, mais au lieu d’avoir le nez pris dans une carcasse en fer ou dans un filet, ils portaient tout simplement une faveur en soie nouée avec des bouffettes autour de leur museau ; pour Capi, qui était à poil blanc, la faveur était rouge ; pour Zerbino, qui était noir, blanche ; pour Dolce, qui était grise, bleue. C’étaient des muselières de théâtre, et Vitalis avait ainsi costumé les chiens sans doute pour la farce qu’il voulait jouer à l’agent.

Le public s’était rapidement dispersé : quelques personnes seulement avaient gardé leurs places, discutant sur ce qui venait de se passer.

– Le vieux a eu raison.

– Il a eu tort.

– Pourquoi l’agent a-t-il frappé l’enfant, qui ne lui avait rien dit ni rien fait ?

– Mauvaise affaire ; le vieux ne s’en tirera pas sans prison, si l’agent constate la rébellion.

Je rentrai à l’auberge fort affligé et très-inquiet.

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