Seigneur Jésus, bénissez la foi avec laquelle nous t'attendons !... Nous te remercions du bonheur de notre rencontre et du trésor d'amitié qui tisse notre union. Nous te louons pour l'aide apportée par nos compagnons et pour les leçons de nos ennemis ! Enseigne-nous à découvrir ta volonté sur le chemin obscur de nos épreuves... Aide- nous à nous résigner face à la douleur et à la certitude que les ténèbres nous conduiront à la vraie lumière ! Seigneur, accorde-nous l'humilité de ton exemple et la résurrection de ta croix ! Ainsi soit-il !...
Hortense et son fils pris d'un indicible espoir par la présence de cette jeune femme qui, seule et aveugle, trouvait la force en elle-même pour les encourager, répétèrent « ainsi soit-il » et se sont endormis paisiblement.
Une nouvelle existence avait surgi pour le groupe le lendemain.
Extrêmement réconfortée dans ce sanctuaire domestique, Livia s'est efforcée de contribuer avec assurance à la tranquillité d'eux trois en se chargeant des petites tâches et égayant l'ambiance de leçons bénies qu'elle tenait de la compagnie de son père. Bien qu'aveugle, elle collaborait pleine de bonne volonté au nettoyage de la maison et dans la soirée laissant Hortense se reposer, elle partait avec le garçon sur la voie publique où grâce à la musique ils collectaient de nouveaux fonds.
Moins inquiète pour son fils, la malheureuse veuve semblait davantage concentrée maintenant sur sa maladie qui passait par d'inquiétantes altérations. Elle remarquait mécontente les variations de température et accusait des souffrances de plus en plus fortes. La nuit, elle devait supporter des dyspnées suffocantes et pendant la journée de longues et exténuantes quintes de toux épuisaient ses forces.
Avec une admirable intuition infantile, Celse Quint perçut que l'état de sa maman s'était aggravé et redoublait d'affection pour la voir ranimée et contente.
S'associant à Livia comme s'il trouvait en elle une nouvelle mère, il entourait la malade d'une inépuisable tendresse.
Le revenu quotidien ayant augmenté, la fille de Basil rendit visite aux propriétaires de la cabane en compagnie de Celse, suppliant de l'aide pour changer de résidence.
La veuve avait besoin d'espace et d'air pur et ils pouvaient maintenant payer le loyer d'une modeste maisonnette.
Le propriétaire fut d'accord et apporta son soutien. Il disposait lui-même d'une humble chaumière qu'il leur céderait pour une somme dérisoire.
Très rapidement, ils se sont installés tous les trois dans la simple résidence de quatre pièces, non loin d'arbres bienfaiteurs auprès desquels la malade réussit à prolonger un peu son séjour dans son corps.
Là, ils ont commencé à recevoir la visite d'Exupéry Grato, un vieil évangélisateur chrétien qui, à la demande de la patiente, venait aussi souvent que possible lire les textes sacrés et prononcer des prières.
L'intimité entre Livia et l'enfant se fit plus intense et plus douce. Jour après jour, nuit après nuit, ils parlaient, étudiaient, travaillaient et prévoyaient l'avenir.
Un beau matin, cependant, Hortense s'est réveillée les yeux sortis de leur orbite comme si elle fixait des visions lointaines de la terre.
Une hémoptysie plus forte l'avait considérablement abattue.
Une fois la bougie allumée, elle supplia sa compagne d'ouvrir la fenêtre pour que l'air pur et parfumé des orangers pénètre et embaume la pièce.
Bien qu'attentive, Livia ne réussissait pas à apprécier le changement en cours mais le garçon intelligent et observateur s'est étonné de remarquer son visage bouleversé. La patiente semblait avoir collé un fin masque de cire sur sa figure renfoncée. Les organes de la vue étaient presque sortis de leur orbite mais elle portait une expression angélique.
Celse, angoissé, a demandé anxieux :
Maman, que se passe-t-il ?
La pauvre femme lui caressa sa petite tête et lui dit avec beaucoup d'efforts :
Mon fils, celle-ci est la dernière nuit que nous passons ensemble sur terre !... Toutefois, je ne te laisse pas seul... Jésus a conduit Livia jusqu'à nous... Reçois-la comme ta nouvelle mère !... Elle a été pour moi une précieuse sœur en ces jours et je dois m'en aller maintenant...
La jeune femme a compris au ton de sa voix qu'elle faisait ses adieux et s'est agenouillée en larmes.
Non, Maman ! Reste avec nous ! — pleurait le garçon désespéré — nous travaillerons pour te voir heureuse ! Je vais grandir rapidement ! Je serai un homme, nous aurons une belle maison rien que pour nous ! Ne t'en va pas, mère ! Ne t'en va pas !...
Des larmes qu'elle ne put retenir ont glissé des yeux de l'agonisante. Hortense a caressé les cheveux décoiffés du petit garçon et a ajouté :
Ne pleure pas !... Où as-tu mis ta foi, mon fils ?
Je garde la foi, mère ! J'ai gardé la foi quand le chien du voisin a rodé près de notre porte, ou quand dans la nuit l'orage nous a surpris dans la rue, mais aujourd'hui j'ai peur... tu ne peux pas me laisser comme ça...