Vous êtes les jardins de l'immensité, Suspendus au bleu du ciel. Vous nous dites que tout est beau, Vous nous dites que tout est saint, Même quand il y a des larmes Dans le rêve qui nous conduit. Vous proclamez à la terre curieuse, Dominée de tristesse, Qu'en tout règne la beauté Vêtue d'amour et de lumière. Et quand la nuit est plus froide Une sinistre douleur nous surprend, Et rompt le lien obscur Qui nous retient à notre cœur, Illuminant l'aube Du paysage d'un nouveau jour, Où le bonheur rayonne
Éternelle résurrection.
Donnez la consolation au
Qui avance au hasard,
Sans toit, sans paix, sans boussole,
Torturé, souffrant..
Temples du soleil infini,
Apportez à l'humanité
La bénédiction divine
Dans les bénédictions de votre amour.
Étoiles — nids de la vie,
Dans les espaces profonds,
Nouveaux foyers, nouveaux mondes,
Couverts d'un voue léger...
Louanges à votre gloire,
Née de l'éternité,
Vous êtes les jardins de l'immensité, Suspendus au bleu du ciel.
Tatien et sa fille ont échangé un regard muet empreint d'un indicible étonnement.
L'hymne comportait quelques modifications mais c'était le même...
Extatiques, ils se sont rappelés ce crépuscule inoubliable sur le Rhône quand ils ont pénétré pour la première fois dans la maison de Basil.
De qui était cette voix ?
Quand la chanson fut terminée, le patricien très pâle s'est adressé à Lucius Agrippa, en l'interrogeant :
— Ami, de grâce, pourriez-vous me parler de la musique que nous venons d'entendre dans votre propriété ?
L'interpellé a souri avec bonté et lui a expliqué :
Illustre Seigneur, la voix est celle d'un garçon qui chante pour une pauvre mère qui agonise.
Qui est cette femme ? — a demandé Tatien avec anxiété.
C'est une servante aveugle qui habite chez nous depuis trois ans et qui depuis plusieurs mois est alitée malade d'une peste chronique. Elle arrive maintenant au bout de ses peines...
Le visage blême, le patricien a pris la petite main de sa fille et a demandé à voir la malade.
À ce regard suppliant et sincère, Agrippa n'a pas hésité.
Prenant les devants, il a guidé les visiteurs entre de courtes allées d'arbres jusqu'à une minuscule pièce bien éclairée qui se trouvait dans le fond.
La fenêtre ouverte laissait échapper les notes harmonieuses de l'instrument bien accordé.
Tatien a traversé la porte le cœur précipitant...
Jamais il n'oublierait le tableau qu'il avait devant les yeux, Livia presque cadavérique écoutait, haletante, un garçon humble et sympathique qui chantait avec une immense tendresse.
Livia ! — s'est-il écrié, stupéfait.
Livia ! Livia ! — a répété Blandine ardemment.
La malade eut un indicible sourire sur son visage calme et a tendu ses mains murmurant entre les larmes :
Enfin!... enfin!...
Le patricien a fixé consterné les restes encore vivants de la femme qu'il avait aimée, à qui il avait consacré toute son affection avec une fraternelle tendresse. Ses yeux éteints exprimaient une amère vacuité et son visage triste ressemblait davantage, maintenant, à un masque d'ivoire délicat garni d'une épaisse chevelure noire qui n'avait pas changé.
Alors que Blandine s'inclinait affectueusement sur le lit, il voulut clamer la révolte qui assaillait son cœur mais un lourd nuage de douleur étranglait sa gorge.
Livia devina son angoisse et ayant remarqué la présence d'Agrippa, elle fit de courtes présentations afin d'alléger la tension du moment.
Monsieur Lucius — s'exclama-t-elle —, voici les amis que j'attends depuis longtemps... Dieu n'a pas voulu que je meurs sans les étreindre une dernière fois... Celse Quint aura désormais une nouvelle famille...
Le propriétaire de la maison a salué Tatien et Blandine et, percevant que le groupe désirait un peu plus d'intimité, il s'est retiré, courtois, promettant de revenir bientôt avec Domicia.
C'est alors que le fils de Varrus s'est mis à gémir étrangement comme s'il portait un fauve occulte dans son thorax qui laissait échapper d'effrayants rugissements... Et parce que Livia l'incitait au renoncement et à la sérénité, il a explosé d'une voix stridente et émouvante :
Pourquoi te retrouver, ainsi, en cet instant terrible d'adieu ? Pauvre de moi !... Je suis damné prisonnier des griffes impitoyables des génies infernaux ! Je suis comme la tempête qui passe et siffle entre les ruines... J'ai tout raté. Pourquoi me suis-je attaché de cette façon aux sinistres dieux ? Du bonheur, je n'ai trouvé que des restes fumants... J'ai essayé d'avancer dans le monde avec l'intrépidité de mes ancêtres et j'ai toujours agi selon ce que les traditions m'ont enseigné de plus pur, mais toutes les épreuves m'attendaient trompant mes désirs ardents... Je suis le fantôme de moi-même ! Je me méconnais !... La mort a suivi mes pas... Je suis un perdant que la vie contraint à marcher parmi ses propres idoles brisées !...
Le gendre de Veturius étouffé par les larmes abondantes qui coulaient sur son visage s'est interrompu.
Profitant de cet intervalle, la malade est intervenue avec une inflexion émouvante dans
la voix: