Читаем Du brut pour les brutes полностью

Je retiens une exclamation. Pour la première fois de ma carrière, j’ai les jetons. Aussi ahurissant, aussi fantastique, aussi incroyable que cela paraisse, ce cadavre est celui du comte de Souvelle !

Qui dit mieux ?

Un instant, je me demande si je ne suis pas le jouet d’une hallucination ou d’une ressemblance, mais non…

A moins que le comte n’ait eu un frère jumeau (et je sais qu’il n’en avait pas) ; à moins que ce jumeau se soit fringué comme lui et se soit, toujours comme lui, balancé un berlingot dans le cigare, c’est bien de M. de Souvelle qu’il s’agit.

La voix caverneuse, because la profondeur, du Gros, me choit dans les trompes d’Eustache :

— Alors, San-A. Qu’est-ce que tu dis de ma trouvaille ?

Je regrimpe l’échelle, comme une grenouille dans son bocal.

J’émerge. Le gras Béru est assis sur la margelle. Il se roule une cigarette d’un air malin.

— Explique, fais-je en m’époussetant.

Il se donne le temps d’allumer sa cibiche (je m’exprime aussi en vieux français) avant de répondre :

— Ça s’est fait bêtement.

— Comme tout ce que tu fais !

— Ah ! dis, Tonio, me cherche pas, c’est pas le moment ! proteste-t-il fort de son importance.

Je mets une sourdine à ma clarinette à sarcasmes. Il continue :

— Après que l’enterrement a déhotté, je me suis fait tartir dans cette cambuse… Faut reconnaître qu’elle a rien de joyce, hein ?

— Tu es tout excusé, enchaîne !

— Alors, je m’ai dit que ça serait opportun de me dégourdir les cannes. D’abord, moi, j’aime la cambrousse. Ça me rappelle l’époque dont à laquelle j’étais jeune…

— Merci, j’ai ta biographie chez moi, préfacée par le maréchal Lyautey et reliée plein cuir ; continue…

— Donc, je me mets z’à faire un brin de foutingue dans le parc et j’arrive ici… J’aperçois le puits… Dessus y avait ce plateau de bois remoulade…

— Vermoulu, please…

— Ecoute, tonne Poids-Lourd, les leçons de français, j’en ai rien à foutre… Donc y avait ce plateau que tu vois là dans l’herbe… Et sur ce plateau, quoi donc ? Un chat… Un vieux greffier bouffé aux mites, il miaulait en grattant les planches avec ses griffes… Il avait l’air enragé…

« Je m’ai approché. Il a eu peur et s’est taillé. Moi, curieux de nature, tu me connais ? J’ôte les planches et je regarde au fond du trou, croyant voir miroiter la flotte.

« Nibe ! Je lance un caillou, comme font les gosses. Je m’avise qu’y a pas d’eau… Conclusion, je me dis, le puits est à sec. »

— Bravo !

— Ta gueule… Je repense à ce chat et je veux en avoir le cœur net. Je vais chercher ta lampe dans l’auto… Je découvre alors une forme étendue au fond du trou. J’avais repéré une échelle dans la remise… Et voilà. Te dire ma stupre en reconnaissant le vioque !

— Ta stupre n’a eu d’égale que ma stupeur, fais-je. Rattrapons vite le cercueil avant qu’on ne le mette en terre.

— Tu crois ?

— Réfléchis… Il n’est pas vide… Les porteurs s’en seraient aperçus…

— Très juste, Auguste, fait Béru pour qui la versification n’a pas de secrets.

Il demande, anxieux :

— Pourquoi a-t-on déménagé le corps du vieux ?

— Je me le demande…

— Qu’est-ce qu’on aurait mis à sa place ? Des sacs de terre ?

— C’est possible…

— Et qui donc aurait fait ça ?

— Si tu pouvais me le dire.

Tout en échangeant ces répliques pertinentes, nous retournons au village. Les cloches nous informent que le convoi pas si funèbre que ça a quitté l’église. Effectivement, nous le rejoignons à l’entrée du cimetière.

Je le double, bien que ça ne se fasse pas, et je place ma guinde en travers du chemin. Le prêtre s’arrête de psalmodier et me considère avec inquiétude. C’est un beau vieillard à lunettes qui me prend pour un profanateur. S’il savait ce qui va se passer, il serait plus inquiet encore.

— Stop ! crie Béru.

Jamais les bouseux du cru n’ont eu droit à pareil spectacle. Ils s’immobilisent, sidérés.

Je m’approche.

— Je suis commissaire de police, annoncé-je.

Ma voix claironnante a de curieuses inflexions dans l’air mouillé de la campagne. On entend des chuchotements, des toux discrètes…

Pinaud, qui suivait en queue de peloton avec le brigadier, s’approche.

— Ce qui se passe, Antoine ?

— Occupe-toi du service d’ordre avec le brigadier. Dis au maire de venir ici…

Il obéit, plus ahuri que les autres.

— On s’y prend comment ? s’informe Bérurier-le-noble.

— Va chercher un tournevis dans ma voiture…

— Comment ! s’épouvante-t-il, tu veux l’ouvrir sur place ?

— Tu ne penses pas que je vais emmener ce cercueil à la maison comme une pochette surprise pour me faire languir !

— Mais…

— Je veux bien mourir de n’importe quoi, sauf de curiosité, ajouté-je.

Trois minutes plus tard, je suis aux prises avec les vis du cercueil. Mes collaborateurs calment l’assistance et, tout en œuvrant, j’affranchis le maire et le curé au sujet de la macabre et stupéfiante découverte de Bérurier…

La dernière vis cède. Je compte jusqu’à trois, je respire un grand coup et je soulève le couvercle de la bière.

Il se fait en moi un grand silence, un grand vide, un grand froid.

Ma gorge et mes tripes se nouent.

Je me sens pâlir.

Je me sens trembler.

Перейти на страницу:

Похожие книги

Запретные воспоминания
Запретные воспоминания

Смерть пожилой пациентки с хроническим заболеванием сердца в краевой больнице становится настоящим ЧП, ведь старушка была задушена! Главврач клиники Владимир Радецкий волей-неволей вынужден участвовать в процессе расследования. Открывающиеся ему факты указывают на то, что у этой трагической истории очень глубокие корни. Вместе со старой знакомой, журналисткой, и новой подругой Радецкий выясняет подробности грандиозной аферы. Ее участники уже ушли в мир иной, а вот приобретенный ими капитал по-прежнему цел и при этом соблазнительно велик…Людмила Мартова – мастер увлекательной детективной мелодрамы, автор захватывающих остросюжетных историй. Их отличают закрученная детективная интрига, лихой финал с неожиданной развязкой и, конечно же, яркая любовная линия. Героини романов Людмилы Мартовой – современные молодые женщины, которые точно знают, чего хотят от жизни.

Людмила Мартова

Иронический детектив, дамский детективный роман
Камин для Снегурочки
Камин для Снегурочки

«Кто я такая?» Этот вопрос, как назойливая муха, жужжит в голове… Ее подобрала на шоссе шикарная поп-дива Глафира и привезла к себе домой. Что с ней случилось, она, хоть убей, не помнит, как не помнит ни своего имени, ни адреса… На новом месте ей рассказали, что ее зовут Таня. В недалеком прошлом она была домработницей, потом сбежала из дурдома, где сидела за убийство хозяина.Но этого просто не может быть! Она и мухи не обидит! А далее началось и вовсе странное… Казалось, ее не должны знать в мире шоу-бизнеса, где она, прислуга Глафиры, теперь вращается. Но многие люди узнают в ней совершенно разных женщин. И ничего хорошего все эти мифические особы собой не представляли: одна убила мужа, другая мошенница. Да уж, хрен редьки не слаще!А может, ее просто обманывают? Ведь в шоу-бизнесе царят нравы пираний. Не увернешься – сожрут и косточки не выплюнут! Придется самой выяснять, кто же она. Вот только с чего начать?..

Дарья Донцова

Детективы / Иронический детектив, дамский детективный роман / Иронические детективы
Главбух и полцарства в придачу
Главбух и полцарства в придачу

Черт меня дернул согласиться отвезти сына моей многодетной подруги в Вязьму! Нет бы сесть за новую книгу! Ведь я, Виола Тараканова, ни строчки еще не написала. Дело в том, что все мои детективы основаны на реальных событиях. Но увы, ничего захватывающего до недавнего времени вокруг не происходило, разве что мой муж майор Куприн, кажется, завел любовницу. Ну да это никому, кроме меня, не интересно!.. На обратном пути из Вязьмы в купе убили попутчицу Лизу Марченко, а в моей сумке оказались ее безумно дорогие часы.Я просто обязана их вернуть, тем более что у Лизы осталась маленькая дочь Машенька. Но, приехав в семью Марченко, я узнала, что Лиза выбросилась с балкона несколько лет назад, когда исчезла ее грудная дочь Маша, которую похитил сбежавший муж и его любовница. Так кто же ехал со мной в купе и кого убили, а?..

Дарья Донцова

Детективы / Иронический детектив, дамский детективный роман / Иронические детективы