Читаем Du brut pour les brutes полностью

Crotte turque ! La voilà qui délire. Je suis feinté.

Elle a encore deux petites convulsions et elle meurt gentiment.

Je me redresse. L’impasse est pleine de badauds. Au premier rang de la fine équipe, le tandem de choix, les rois du rire, les duettistes de réputation internationale, le couple roi : Pinaud et Bérurier.

Le Gros a une main sur son futal entamé dont l’orifice bave un pan de chemise innommable.

— Tu l’as buttée ?

— C’est accidentel, dis-je. Elle s’est jetée devant moi au moment où je poivrais la bagnole.

— Ce sont des choses qui arrivent, admet Pinaud.

Un quidam qui fait son plein d’émotions fortes, un petit maigrichon à l’œil torve, s’écrie :

— Il faut prévenir la police.

Le Gros lui vomit un ricanement insolent à bout portant.

— Ta gueule, moustique, dit-il poliment, la police c’est nous.

Sur ces entrefaites les archers du commissariat voisin, déjà alertés, s’annoncent. Je leur explique le topo et ils s’arrangent de la môme tandis que je retourne dans la maison.

— Gros, fais-je à l’homme au pantalon fendu, donne l’ordre d’appréhender une DeSoto grise immatriculée 432 WB 75… Il nous faut retrouver cette charrette dans les deux heures qui suivent…

— Ce sera pas duraille, fait le Béru. Je t’admire d’avoir eu le temps d’enregistrer le numéro.

Son compliment me va droit au cœur, sans épargner toutefois mon visage inondé par les postillons du Vain.

Je procède alors à une fouille minutieuse de l’appartement. Mais les gens qui l’habitaient ne l’utilisaient que comme pied-à-terre. Il pue l’inhabité. Quelques fringues d’homme, une valise avec des effets de femme (ceux de la défunte Annette, je présume) et c’est tordu. A part ça, des conserves et du gruyère… Je laisse le Gros user du bigophone pour alerter les gars de la routière, ensuite de quoi je profite de ce que l’écouteur est chaud pour tuber au Vieux. Il n’a pas l’air tellement mécontent.

— C’est la déroute chez l’ennemi, dit-il. Comment était l’homme à la DeSoto ?

Je lui fais une description approximative du personnage qu’hélas je n’ai fait qu’entrevoir.

— Pas de doute, dit le boss, il s’agit d’Embroktaviok. Vous êtes sur la bonne piste, San-Antonio.

Et il raccroche.

Il est gentil, le Tondu, la bonne piste ! Elle me paraît un peu sectionnée encore une fois. C’est curieux, dès que je trouve un filon, il se tarit…

— Qu’est-ce qu’on fout ? interroge Béru dont les yeux sont pareils à deux gueules de carnassier inassouvi.

Je lui donne tout apaisement :

— Oui, Gros, on y va…


Un restaurant aimable nous accueille. Au menu, il y a des filets de sole au champagne. Comment la Gonfle résisterait-il à cette tentation ? On passe la commande. Se pose alors le difficile problème des vins. Pinuche prêche pour le muscadet (son vice) et le Gros affirme que, poisson ou pas poisson, il n’y a de vrai que le solide picrate, la première qualité d’un vin, même blanc, étant d’être rouge.

Je mets tout le monde d’accord en commandant une bouteille de champ’.

Foin de cette coutume idiote consistant à fêter les succès par des libations. Ce sont les échecs qu’on doit ainsi sanctifier. Moi, le champ’ me dope, et même me biodope.

Chacun se met à mastiquer en silence. Je réfléchis aux derniers événements. Il s’en passe des choses ! Quelle hécatombe ! Je récapitule : Alliachev, le comte de Souvelle, sa fille, Félareluir, Annette ; plus Mathias grièvement blessé ; plus mes bosses et plus le falzard à carreaux du Gros !

Ayant morfalé sa sole et franchi le premier la ligne d’arrivée, Bérurier exhale une incongruité qui fait chanceler le serveur. Il se cure les dents de la pointe de son couteau, rassemble les aliments ainsi récupérés sur le bord de son assiette, puis, l’inventaire achevé, les consomme une seconde fois.

— Dommage que t’aies pas pu y causer à la morne, rêvasse-t-il.

C’est précisément ce que j’étais en train de déplorer in petto. Ce parallélisme de nos réflexions est édifiant, ne trouvez-vous pas ? Ce sont des remarques de ce tonneau qui me font sentir l’efficacité du Gros.

— Elle a rien bonni du tout ? insiste-t-il en déposant sur mon visage avenant un regard gluant comme une sucette au miel.

— Elle a balbutié, je crois, « Epinay »… Puis elle a dit : « Partir avec vous chez maman. »

— Elle débigochait ?

— Probable…

— On n’a rien sur elle aux sommiers ?

— Rien.

— Tu possèdes son identité ?

— J’ai trouvé sa carte, oui, dans son sac à main…

Tout en causant, je sors la pièce d’identité et la dépose sur la table. Le Gros, doctoral, s’en empare tandis que Pinaud s’étrangle avec une arête. Il lit tout haut, comme s’il cherchait une signification profonde dans ce texte d’état civil :

— Annette Piedchaud, née le 18 mars 1938 à Montmirail (Marne).

— Tu connais ? ricané-je.

— Pas la gonzesse, mais Montmirail… J’y suis passé avec mon beau-frère l’année qu’on a fait une virée en Champagne. Ce qu’on a pu écluser comme roteux c’te fois-ci. Mon beau-frère, tu le connais ? Félix ? Le père de mon neveu qui fait de la boxe, j’ai dû t’en causer…

Перейти на страницу:

Похожие книги

Запретные воспоминания
Запретные воспоминания

Смерть пожилой пациентки с хроническим заболеванием сердца в краевой больнице становится настоящим ЧП, ведь старушка была задушена! Главврач клиники Владимир Радецкий волей-неволей вынужден участвовать в процессе расследования. Открывающиеся ему факты указывают на то, что у этой трагической истории очень глубокие корни. Вместе со старой знакомой, журналисткой, и новой подругой Радецкий выясняет подробности грандиозной аферы. Ее участники уже ушли в мир иной, а вот приобретенный ими капитал по-прежнему цел и при этом соблазнительно велик…Людмила Мартова – мастер увлекательной детективной мелодрамы, автор захватывающих остросюжетных историй. Их отличают закрученная детективная интрига, лихой финал с неожиданной развязкой и, конечно же, яркая любовная линия. Героини романов Людмилы Мартовой – современные молодые женщины, которые точно знают, чего хотят от жизни.

Людмила Мартова

Иронический детектив, дамский детективный роман
Камин для Снегурочки
Камин для Снегурочки

«Кто я такая?» Этот вопрос, как назойливая муха, жужжит в голове… Ее подобрала на шоссе шикарная поп-дива Глафира и привезла к себе домой. Что с ней случилось, она, хоть убей, не помнит, как не помнит ни своего имени, ни адреса… На новом месте ей рассказали, что ее зовут Таня. В недалеком прошлом она была домработницей, потом сбежала из дурдома, где сидела за убийство хозяина.Но этого просто не может быть! Она и мухи не обидит! А далее началось и вовсе странное… Казалось, ее не должны знать в мире шоу-бизнеса, где она, прислуга Глафиры, теперь вращается. Но многие люди узнают в ней совершенно разных женщин. И ничего хорошего все эти мифические особы собой не представляли: одна убила мужа, другая мошенница. Да уж, хрен редьки не слаще!А может, ее просто обманывают? Ведь в шоу-бизнесе царят нравы пираний. Не увернешься – сожрут и косточки не выплюнут! Придется самой выяснять, кто же она. Вот только с чего начать?..

Дарья Донцова

Детективы / Иронический детектив, дамский детективный роман / Иронические детективы
Главбух и полцарства в придачу
Главбух и полцарства в придачу

Черт меня дернул согласиться отвезти сына моей многодетной подруги в Вязьму! Нет бы сесть за новую книгу! Ведь я, Виола Тараканова, ни строчки еще не написала. Дело в том, что все мои детективы основаны на реальных событиях. Но увы, ничего захватывающего до недавнего времени вокруг не происходило, разве что мой муж майор Куприн, кажется, завел любовницу. Ну да это никому, кроме меня, не интересно!.. На обратном пути из Вязьмы в купе убили попутчицу Лизу Марченко, а в моей сумке оказались ее безумно дорогие часы.Я просто обязана их вернуть, тем более что у Лизы осталась маленькая дочь Машенька. Но, приехав в семью Марченко, я узнала, что Лиза выбросилась с балкона несколько лет назад, когда исчезла ее грудная дочь Маша, которую похитил сбежавший муж и его любовница. Так кто же ехал со мной в купе и кого убили, а?..

Дарья Донцова

Детективы / Иронический детектив, дамский детективный роман / Иронические детективы