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– Elle le croyait loin, peut-être même mort, mais le fantôme finit par revenir. Pourquoi? Pour revoir une dernière fois sa tendre enfant avant de mourir? Pour la faire chanter? Ou, au contraire, pour lui léguer son trésor de guerre? Impossible à dire. Ce matin, elle laisse entrer chez elle cet homme qu'elle n'a jamais vu et qui l'a abandonnée. Après des retrouvailles dont on ne saura jamais rien, Lisa meurt des coups qu'il lui porte à la tête.

– Pourquoi dites-vous qu'on n'en saura jamais rien?

– Imaginez le personnage du père. Il n'a jamais expié son passé, il est vieux, traqué, et seule l'idée de revoir sa fille l'a fait perdurer jusque-là. Vous croyez qu'il va survivre à une scène comme celle qu'ils se sont jouée ce matin? Pour les jours à venir, patrouillez vers les berges de la Seine, il se pourrait bien qu'on retrouve, trente ans après, le corps de ce pourri.

L'inspecteur croisait les bras, le regard absent. Songeur. Didier ouvrit son calepin et nota quelques mots.

Pour la première fois, le regard de Louis se brouilla en voyant, au sol, le contour à la craie du corps de Lisa. Il comprit peut-être à cet instant précis qu'il ne la reverrait plus.

– Monsieur Stanick, il faut que je fasse un rapport. Tout ce que vous venez de dire va être consigné.

– Pas la peine, inspecteur. Oubliez tout ce que je vous ai raconté.

– … Oublier?

Louis ferma les yeux pour éviter qu'ils ne perlent, c'était toujours un moment de gagné.

– C'est vous qui avez raison, inspecteur. Lisa a sûrement été tuée par un voleur de bijoux.

– …?

– Mais dans mon métier, on ne peut pas concevoir que les gens puissent mourir aussi bêtement. Surtout ceux qu'on a aimés. On aimerait leur trouver une mort passionnante.

Louis se dirigea lentement dans la chambre de Lisa. Les deux autres le suivirent, abasourdis.

– Et… c'est quoi votre métier?

Après un instant de silence, Louis s'agenouilla au pied du lit.

– Je suis scénariste.

Il glissa la main dans les draps défaits et enfouit son visage dans l'oreiller.

Mathilde

L'amour.

L'amour n'avait jamais rapporté un sou à Mathilde. Ou si peu. Elle avait passé vingt ans à le servir, à le travailler comme une petite main, à lui faire rendre ce qu'il avait de meilleur. L'amour, c'était son job, elle en connaissait toutes les ficelles et les combines. Parfois elle en inventait de nouvelles. Avant de se livrer, l'amour lui imposait ses caprices, ses détours. Du matin au soir, jour après jour. À quoi bon compter ses heures dès qu'il s'agit d'amour? Est-ce que l'amour dormait, lui? Est-ce qu'il prenait des vacances? L'amour en demandait toujours plus et ne donnait jamais le premier. Mathilde savait puiser dans ses trésors de tendresse cachés. Ses vingt années de sacrifice à traquer l'amour lui avaient enseigné que le don de soi est une matière vive inépuisable.

De toute façon, elle n'était bonne à rien d'autre. Victor le lui répétait tous les jours.

– Ton talent, c'est un don du ciel. Tu ne sais faire que ça mais, nom de Dieu, ce que tu le fais bien!

Elle avait fini par croire à cette image de grande prêtresse de l'amour qu'il se plaisait à lui renvoyer. Sorcière du cœur, magicienne des passions et porteuse de la flamme, il n'avait jamais peur de trop en faire dès qu'il s'agissait de lui donner du cœur à l'ouvrage. Elle croyait tout ce qui sortait de la bouche de Victor, et ce depuis le premier jour.

Pas une seconde elle n'avait songé à éviter le piège qu'il avait dans le regard. Mathilde avait cessé net d'écrire son journal intime à cette seconde-là, sur un coin de table d'un bistrot de la place des Vosges. Avec le charisme d'un prédicateur qui aurait jeté sa foi aux orties, il avait su embobiner son âme de midinette. Et devenir son premier amant, le jour même. Elle n'avait pas dix-huit ans. Jamais il ne l'aurait gardée dans ses bras plus d'un après-midi si elle n'avait montré, très vite, de formidables aptitudes dans tout ce que l'amour a de meilleur et de pire.

Dix ans de bonheur. Elle à son ouvrage, lui au tiroir-caisse. On aurait dit une chanson de L'Opéra de quat'sous. Il savait la conseiller et lui apporter tout le confort dont elle avait besoin pour exercer tranquille. Il la sortait, parfois, histoire de lui changer les idées et de lui redonner un peu de couleur aux joues. Il lui suffisait d'une petite attention pour éviter de dire Je t'aime à celle qui n'attendait que ça.

Et tout est devenu si routinier, si tristement prévisible. Il passait toutes les trois semaines dans sa chambre de la rue Monsieur-le-Prince pour récolter le fruit de son labeur. Elle se laissait prendre en cinq minutes sur un coin de lit sans en demander plus. Elle avait encore en elle de quoi l'aimer pendant les dix années à venir. Ce qu'elle fit. Malgré son mariage avec la première venue et les deux enfants qui suivirent. «L'amour n'est pas une affaire de famille», disait-il. Elle avait fini par le croire: à trente ans, il avait fait d'elle une vieille maîtresse à qui on ne promet plus rien.

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