La salle était remplie de gosses excités et déjà pressés de sortir. Le reste du public attendit la fin du générique puis se dispersa dans la pénombre vers les portes battantes. Quand la pleine lumière revint, il n'y avait plus que Jérôme, perdu au milieu d'un désert de fauteuils. Blanc comme un linge, il se leva et chercha des yeux un endroit pour vomir. Le voyant vaciller, une ouvreuse le suivit dans les toilettes et tira quelques serviettes en papier du distributeur.
– C'est le film qui vous met dans un état pareil?
– … Je suppose que ça marche du tonnerre?
– Pensez… Stallone et Schwarzenegger dans le même film… La séance de midi était pleine, on va refuser du monde pour la suivante. On ne prend plus de réservations au téléphone pendant toute la semaine.
Jérôme plongea directement sa tête sous un robinet d'eau froide, comme pour dessoûler. Sa dernière goutte d'alcool remontait à plus de trois semaines. Il sortit
– J'ai lu là-dedans qu'aux États-Unis, il avait fait plus d'entrées que Batman. Vous savez combien ça a rapporté au créateur du personnage de
– Tant mieux pour lui, dit-elle.
Jérôme eut envie de la gifler. Il aurait frappé n'importe qui, à cette seconde-là, même une innocente.
Sans le moindre sou en poche, il se demandait comment il allait nourrir Tristan, ce soir, et les jours à venir. Trente-neuf francs pour
sur les Grands Boulevards. Il regrettait de ne pas avoir essayé la sortie de secours mais ça avait été plus fort que lui, il s'était précipité au guichet. Pour voir. Pour
En attendant la tombée de la nuit, il alla se réfugier dans le bois de Boulogne comme il le faisait trop souvent depuis ces derniers mois d'errance. À une centaine de mètres du lac, il sortit son boomerang au milieu d'une aire déserte et dégagée. Un souffle de vent parfait lui parvenait dans la bonne direction.
Dès le premier lancer, l'engin décrivit une parabole si savante que Jérôme ne se déplaça que de cinq mètres vers la gauche pour le rattraper au vol.