Читаем San-Antonio met le paquet полностью

Je somnole dans le bahut, si bien que le popoff naturalisé est obligé de me secouer le bras pour me ramener. Je le carme péniblement. Des tires viennent se ranger dans la cour. Je reconnais celle de Mathias, donc il a amené le client.

Je rampe à mon bureau et m’écroule dans le fauteuil.

Dring !

Encore !

— C’est madame votre mère qui demande à vous parler, commissaire.

Le cran me revient.

— Allô ! Antoine, mon grand, comment te sens-tu ?

— Très bien, M’man, fais-je… J’ai eu raison de ne pas m’écouter, tu vois !

— J’espère que tu rentreras pour dîner ?

— Comptes-y ! C’est promis. À tout à l’heure…

Comme je suis à l’appareil, je fais appeler Mathias.

Il a son amabilité des baths occasions.

— Il est là, patron !

— Pas de résistance ?

— Aucune.

— Tu lui as balancé quoi, comme vannes ?

— Je lui ai dit, en le prenant à l’écart, qu’il devait m’accompagner à la police pour éclaircir un point obscur dans la succession de sa femme.

— Et il n’a pas posé de questions ?

— Non.

— Il a trouvé ça normal ?

— Je n’en sais rien, en tout cas il m’a suivi…

— Parfait. Laissons-le mijoter dans le petit bureau ; comme cela, il sera à point lorsque je l’entreprendrai. Maintenant, tu vas de ma part chez Me Barbautour, rue de la Pompe, et tu lui demandes les photographies de la maison de Magny restées dans le dossier du concours.

— Tout de suite…

— Donne des instructions au standard pour qu’on me foute la paix une heure. J’ai besoin d’une nouvelle pause. Que veux-tu, je roule sur la jante, aujourd’hui !

CHAPITRE XV

Dans lequel j’apprends ce que je ne soupçonnais pas

— Avancez, monsieur Aquoix !

Il est blafard, le veuf. Il a vieilli depuis hier, ma parole ! Il me reconnaît et je comprends que la pipelette de Béru a été discrète, car il a un soubresaut en me reconnaissant.

— C’est vous le photographe !

— Moi.

— Vous êtes policier ?

— Commissaire San-Antonio…

Ma voix est cassée comme la vaisselle d’un vieux ménage. Je voulais récupérer une heure, mais la fièvre m’a empêché de dormir, si paradoxal que ça puisse vous paraître.

— Je ne comprends pas cette ruse, commissaire.

— Moi, il y a bien d’autres choses que je ne pige pas, monsieur Aquoix. Asseyez-vous. En unissant nos savoirs, nous arriverons peut-être à combler nos ignorances !

Bien dit, hein ? Faudra que je le fasse le prochain concours de Lutèce-Midi. Seulement, si je décroche la timbale, j’exigerai qu’on fasse des fouilles avant d’y emménager.

— Pouvez-vous me donner les raisons de cette espèce d’arrestation arbitraire, monsieur le commissaire ?

— Il ne s’agit pas encore d’une arrestation.

Il enregistre le « pas encore » et blêmit un poco.

— Je tiens à vous poser certaines questions, monsieur Aquoix !

— Et si je refuse d’y répondre ?

— Alors je décroche ce téléphone et je demande au juge d’instruction de me délivrer d’urgence un mandat d’arrêt à votre nom.

— Mais sous quelle inculpation ?

— Vous ne devinez pas ?

— Absolument pas !

Ses yeux ardents soutiennent mon regard. Il ne manque pas de caractère, ce La Bruyère-là ! Je devine que pour lui faire toucher les deux épaules, il va falloir sortir mon trousseau de clés japonaises au grand complet.

— Connaissiez-vous Ange Ravioli ?

Il est surpris, comme s’il ne s’attendait pas du tout à cette question.

— Naturellement, puisqu’il était notre locataire…

— Vous l’avez rencontré souvent ?

Il n’hésite pas :

— Deux fois !

— À quelles occasions ?

— Eh bien, au début de son installation à Magny, j’étais allé enlever des meubles à nous qui restaient là-bas !

— Et puis ?

— Il m’a rendu visite à quelque temps de là.

— Sous quel prétexte ?

— Il désirait acheter la maison.

— Ah oui ?

— Oui.

S’il ne me bourre pas la hure, voilà qui est intéressant. Le patron du Raminagrobis avait buté Keller et l’avait enterré dans le jardin. Pour ne pas risquer de voir découvrir les restes de l’Allemand, il désirait acheter la bicoque… Enfin, du moins c’est ainsi que je me complais à imaginer la chose. Moi j’ai toujours des versions qui ressemblent à ces jeux de construction permettant de constituer mille figures différentes.

— Pourquoi ne lui avez-vous pas vendu la maison ?

— Parce que je n’aimais pas cet homme et je regrettais que nous l’ayons comme locataire. On voyait au premier coup d’œil qu’il s’agissait d’un individu très douteux, l’agence de Magny n’avait pas eu la main heureuse en le prenant comme locataire !

— Vous avez donc refusé ?

— Oui. Et j’ai profité de sa visite pour lui signifier son congé. J’ai allégué l’infirmité de ma belle-fille qui nous obligeait à habiter la campagne…

— Qu’a-t-il dit ?

— Il a protesté. Mais il n’avait pas de bail. C’était une simple location meublée. Je n’ai pas eu de mal à l’en faire partir.

— Et par la suite, il n’a pas rouspété en apprenant que vous mettiez la maison en vente ?

— Il ne l’a pas su, je suppose, ou bien cela lui était devenu indifférent.

Je suis surpris par l’espèce de tranquillité qui émane d’Aquoix Serge. Il répond vivement et sobrement à mes questions.

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