Les jours nous attendent, et la tromperie de Dieu,
Et quel nom a` venir pour un soleil qui ne se le`vera plus...
Ainsi, prisonnier en tete-a`-tete avec lui-meme,
(Ou bien cet enfant qui parle en revant)
Nous est apparu sur toute la vaste plaine —
Le cur sacreґ d’Alexandre Blok.
Il regarde, la`, fatigueґ des lointains,
Chef sans partisans,
La` — et l’eau du torrent dans le creux de sa main —
Prince sans terres.
La` — ou`, pourtant, tout: possessions et soldats,
Et pain, et me`re.
Ton hеґritage est beau, — dispose de lui,
Ami sans amis!
Vous, ses amis, — ne le deґrangez pas!
Vous, serviteurs, — ne le deґrangez pas!
On le voyait sur son visage:
Mon royaume n’est pas de ce monde.
Fatales, les neiges en rafales au long de ses veines
Et les eґpaules se courbaient sous le poids des ailes,
Et par la bouche et par le chant, dans l’ardeur qui
desse`che,
Il a laisseґ son a me s’envoler comme un cygne.
Tombez, tombez donc, lourds ornements!
Les ailes connaissaient leur pouvoir: voler!
Et les le`vres, qui reґpeґtaient ce mot: reґponds!
Mourir n’existe pas, je le sais!
Il boit l’aurore, il boit la mer, — a` sa soif,
Il festoie. — Et pas d’offices pour les morts!
Car celui qui pour toujours a dit: il faut e tre!
Aura du pain assez pour le nourrir.
Au-dessus de la plaine —
Le chant du cygne.
Me`re, n’as-tu pas reconnu ton fils?
Lui — de tre`s loin — au-dela` des nuages,
Lui, — et son dernier pardon.
Au-dessus de la plaine,
La neige fatale, en tourbillons.
Jeune fille, n’as-tu pas reconnu ton ami?
Chasuble deґchireґe, ailes en sang...
Lui, et son dernier mot: — Vis!
Au-dessus de cette maudite...
L’envol aureґoleґ. Le juste
S’empare d’une a me: hosanna!
Le forc at trouve — une couchette — la chaleur.
Et le fils adoptif la maison d’une me`re. — Amen.
Pas une co te casseґe —
Une aile briseґe.
Pas la poitrine traverseґe
Des fusilleґs. Cette balle
Ne peut s’extraire. Les ailes sont
Irreґparables. Il vivait mutileґ.
Tenace, elle est tenace la couronne d’eґpines!
Qu’importe au deґfunt — l’eґmotion de la masse,
Et le duvet de cygne des flatteries feґminines...
Lui, il passait, solitaire, sourd,
Il figeait les couchers de soleil,
Absent, comme une statue sans regard.
Une seule chose vivait encore en lui:
Une aile briseґe.
Sans cri, sans appel: un couvreur
Qui tombe d’un toit. — Mais,
Peut-e tre es-tu revenu, —
Peut-e tre, coucheґ dans un berceau?
Tu bru les et ne te consumes pas,
Flambeau, pour peu de temps...
Laquelle parmi les mortelles
Te berce, en ton berceau?
Fardeau bien-heureux!
Roseau propheґtique!
Qui donc me dira
Dans quel berceau?
«Pas vendu, pour l’instant!»
Je ferai seulement, avec, en moi,
Cette jalousie, un vaste monde
Sur la terre de Russie.
Je traverserai d’un bout
A l’autre les terres de minuit.
Ou` est sa bouche — sa blessure — ,
Ou` sont le plomb, le bleu de ses yeux?
Le saisir! Toujours plus fort!
L’aimer, n’aimer que lui!
Qui me dira tout bas
En quel berceau tu es?
Des perles, une a` une, et l’ombre,
Mousseline endormie. Ombre
D’une couronne aiguiseґe,
D’eґpines, pas de laurier.
Pas un rideau, un oiseau
Qui deґplie ses ailes blanches!
— Et natre a` nouveau
Pour qu’a` nouveau la neige te couvre?
L’attirer plus fort! Le tenir
Plus haut! Ne garder que lui!
Qui me soufflera
En quel berceau tu es?
Mon exploit est peut-e tre faux,
Et mes efforts — vains.
Tu vas peut-e tre dormir,
Comme en terre, jusqu’au dernier chant.
Je vois a` nouveau — le creux
Profond de tes tempes.
Aucune musique ne pourra
Effacer une telle fatigue.
La souveraine pature,
Le silence sur, rouilleґ.
Le gardien me montrera
Le berceau.
Comme endormi, comme ivre,
Au deґpourvu, sans preґparation,
Creux des tempes:
Conscience aux aguets.
Orbites transparentes:
Mort et clarteґ.
Vitre transparente
Du re veur, du voyant.
N’est-ce pas toi
Qui n’as pas supporteґ
Le son de sa robe bruyante
De retour au pays de chez Hade`s
N’est-ce pas cette te te
Qui flottait, pleine de cliquetis
Argentins, le long
De l’He`bre endormi?
Rec ois, mon Dieu, rec ois mon obole
Pour la soliditeґ du temple. Je ne chante
Pas l’arbitraire de mon amour, je chante
La blessure de ma patrie...
Non le coffre rouilleґ de l’avare —
Ni le granit — useґ par les genoux!
Mais, pour tous: le heґros et le tzar,
Pour tous — un juste — un chantre — la mort.
Le Dniepr brise la glace et la Russie
Coule vers toi, comme Pa ques. —
Et bouscule les planches du cercueil
Dans une grande crue de mille voix.
Pleure ainsi mon cur, et chante la gloire!
Et que l’amour mortel soit jaloux
De tes cris — pour quelle autre millie`me fois? —
Car cet amour-la` se reґjouit de ton chant.
J’aime embrasser
Les mains, et j’aime
Donner des noms,
Et aussi — ouvrir
Des portes!
— Grandes-ouvertes — sur la nuit noire!
Et me tenir la te te,
Ecouter ce pas, lourd,
Quelque part, qui devient leґger,
Et le vent, qui secoue
La somnolante, l’insomniaque
Fore t.
Et la nuit!
Quelque part, des sources coulent,
Le sommeil me gagne.
Je dors presque.
Quelque part, un homme,
Dans la nuit, s’enfonce.
Dans ma tre`s grande ville — la nuit.
Je quitte — la maison endormie.
Les gens pensent: une femme, une fille, —
Mon seul souvenir: — la nuit — .