Читаем Les lauriers de flammes (1ère partie) полностью

Au moment de son départ du palais d'Hùmayunâbâd, l'intendant de Turhan Bey avait, en effet, muni les voyageurs d'une forte somme en or et de billets de change, malgré les réticences de Marianne, gênée maintenant d'accepter l'argent de l'homme qui lui avait pris son enfant. Mais Osman lui avait fait comprendre qu'il ne pouvait transgresser les ordres formels et Jolival, beaucoup plus proche qu'elle des réalités de l'existence, avait fini par lui faire entendre raison. Grâce à sa prévoyance, Osman avait même poussé la complaisance jusqu'à leur obtenir de l'argent russe afin de leur éviter les aléas du change et les filouteries des changeurs.

Vivement, Marianne se releva, alla jusqu'à l'un de ses coffres, en tira la somme demandée et revint la mettre dans les mains de sa visiteuse.

— Tenez ! Et surtout ne doutez plus de mon amitié. Je ne peux supporter de laisser dans de si graves soucis une amie de mon père.

Instantanément, la comtesse sécha ses yeux, fourra les billets dans son corsage, prit Marianne dans ses bras et l'embrassa avec effusion.

— Vous êtes adorable ! s'exclama-t-elle. Comment vous remercier ?

— Mais... en ne pleurant plus.

— C'est fait. Vous voyez, je ne pleure plus ! Maintenant je vais vous signer un billet que vous me rendrez ce soir...

Mme de Gachet eut de la main un geste de refus catégorique :

— Il n'en est pas question. A mon tour, je serais offensée. Ou bien je vous rends, ce soir, ces cinq mille roubles... ou bien vous garderez cette pierre qui est un joyau de famille et que je ne pourrai jamais me résoudre à vendre. Vous le pourrez sans remords... Car je ne le verrai pas... Je vous laisse maintenant en vous remerciant encore mille et mille fois.

Elle se dirigea vers la porte, posa la main sur le bouton puis, se retournant, elle regarda Marianne d'un air suppliant :

— Encore une grâce. Soyez tout à fait bonne et ne parlez pas de notre... petite transaction. Ce soir, je l'espère, tout rentrera dans l'ordre et nous n'aborderons plus ce sujet. Alors, je vous en prie, gardez-moi le secret... même envers ce monsieur qui vous accompagne.

— Soyez tranquille ! Je ne lui dirai rien...

Connaissant, en effet, les préventions que Jolival nourrissait contre cette malheureuse femme, plus à plaindre qu'à blâmer, Marianne n'avait, en effet, aucune envie de le mettre au courant. Arcadius tenait à ses idées personnelles comme à des souvenirs de famille et quand une conviction s'était ancrée dans sa tête, c'était le diable pour l'en faire sortir. Il eût jeté feux et flammes en apprenant que Marianne avait prêté cinq mille roubles à une compatriote simplement parce qu'elle se trouvait être une ancienne amie de son père.

En pensant à lui, la jeune femme éprouvait d'ailleurs quelque remords. Elle avait fait très bon marché de ses recommandations et, en prêtant cet argent, elle avait pris incontestablement un risque certain. Le jeu, elle le savait, est une passion terrible et, certainement, elle avait eu tort de l'encourager ainsi chez la comtesse, mais elle considérait que ceux qui en sont atteints sont avant tout des victimes et les larmes de cette pauvre femme l'avaient bouleversée. Elle ne pouvait pas, non, elle ne pouvait absolument pas, laisser une amie de sa famille, une compatriote, une femme de cet âge enfin, livrée aux appétits de ces bandits qui exploitaient les cercles de jeu, ou aux usuriers de la ville qui eussent fait main basse avec joie sur l'exceptionnel joyau de l'imprudente.

Lentement, après avoir surveillé, du seuil de sa porte, la retraite de sa visiteuse, Marianne revint vers son lit, s'assit sur le bord et, prenant la larme de diamant entre deux doigts, elle s'amusa à la regarder scintiller dans un rayon de soleil. C'était vraiment une pierre merveilleuse et elle se surprit à penser qu'elle aurait plaisir à la garder si la comtesse ne parvenait pas à se « refaire »...

A ce moment-là, elle pourrait peut-être offrir une nouvelle somme afin que la perte subie par la joueuse ne fût pas trop sensible, mais en aucun cas elle ne vendrait un pareil trésor.

Tout de même, à force de regarder la larme de diamant et au souvenir des splendides girandoles qui tremblaient la veille aux oreilles de la comtesse, elle sentit s'éveiller sa curiosité. Quelle était donc cette famille de Gachet qui possédait des bijoux aussi royalement fastueux et comment cette femme, coupée de ses racines depuis une vingtaine d'années, avait-elle réussi à les conserver, alors que tant d'émigrés avaient connu ou connaissaient encore la plus noire misère ? Le jeu était-il responsable de cette chance ?

C'était difficile à croire car bien rares étaient ceux auxquels le pharaon, le whist ou tout autre de ces jeux dangereux avaient apporté une prospérité durable... D'ailleurs, Mme de Gachet, elle-même, ignorait si, avec les mille roubles qui lui restaient en propre, une fois sa dette payée, elle serait capable de récupérer le montant de la somme empruntée.

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