Читаем Les lauriers de flammes (1ère partie) полностью

— Aussi bien qu'on peut l'être avec ça sur la tête, fit-il en ôtant son bonnet de nuit pour découvrir, au beau milieu de sa calvitie, une bosse d'un bleu violacé qui pouvait avoir la taille d'un petit œuf et que barrait une écorchure. J'en serai quitte pour ne pas ôter mon chapeau pendant quelques jours si je ne veux pas attirer trop vivement l'attention des peuplades sauvages de ce pays-ci. Voulez-vous un peu de café ? Vous me faites l'effet de quelqu'un qui a quitté son lit en catastrophe et qui n'a pas encore pris le temps de se nourrir. Et pendant que nous y sommes, montrez-moi donc ce que vous serrez si précieusement contre votre cœur...

— Voilà ! fit-elle en déposant les deux objets devant lui. J'aimerais savoir ce que vous pensez de ce billet.

L'arôme du café fumant emplit la pièce. Jolival acheva posément de remplir la tasse de la jeune femme, lut le billet, avala un plein verre de vin, remit son bonnet de nuit puis se laissa aller au fond de son fauteuil en agitant doucement l'étroit rectangle de papier.

— Ce que j'en pense ? fit-il au bout d'un moment. Ma foi, ce qu'en penserait le premier imbécile venu : que vous plaisez beaucoup à Son Excellence.

— Et cela ne vous paraît pas un peu inquiétant ? Avez-vous songé que je dois, ce soir même, souper chez lui... et souper seule, car je ne me souviens pas de l'avoir entendu vous inviter ?

— C'est tout à fait exact et j'en déduis sans peine que je ne lui ai certainement pas produit le même effet... Mais je crois que vous auriez tort de vous tourmenter, car si je n'y suis pas, votre parrain, lui, s'y trouvera à coup sûr. En outre, vous aurez certainement de ses nouvelles dans la journée et je crois qu'en cette occasion il vous conseillera beaucoup plus utilement que l'oncle Arcadius, puisqu'il connaît le duc. C'est, d'ailleurs, un homme très remarquable, votre parrain... un personnage que j'aurais plaisir à voir de plus près. Vous m'en avez parlé bien souvent, ma chère enfant, mais je n'aurais jamais imaginé qu'il pût atteindre à cette dimension...

— Moi non plus ! Oh ! Jolival, je peux bien vous l'avouer à vous : malgré tous les bienfaits dont il me comble, il y a des moments où mon parrain m'inquiète... presque au point de me faire peur. Tout est si mystérieux chez lui. Et il y a justement ces dimensions dont vous parlez, qui semblent n'avoir pas de limites et qui m'effraient. Voyez-vous, je croyais bien le connaître et cependant chaque fois que je le rencontre, il y a toujours davantage de choses qui m'échappent.

— C'est naturel. Vous avez connu un être qui, à un certain moment, a remplacé tout à la fois votre père et votre mère, un petit prêtre qui vous a entourée d'une tendresse constante mais, pour l'enfant que vous étiez, il était normal que toute une face de son personnage réel vous échappât.

— C'est normal, en effet, tant que j'étais enfant. Ce l'est moins maintenant ! Malheureusement, plus j'avance en âge et plus l'ombre qui l'entoure se fait épaisse...

De son mieux, elle restitua ce qui s'était passé dans le cabinet du commandant de la citadelle avant l'arrivée de Jolival, s'efforçant de retrouver les paroles exactes qui avaient été prononcées et insistant sur l'étrange instant où, en lui montrant l'envers d'une bague, le cardinal avait fait immédiatement capituler la volonté de Richelieu et sur ce titre de « Général » qui lui avait échappé.

Mais, lorsqu'il franchit les lèvres de la jeune femme, Jolival tressaillit :

— Il a dit « le général » ?... Vous êtes sûre ?

— Certaine ! Et je vous avoue que je n'ai pas compris. Est-ce que vous imaginez ce que cela peut vouloir dire ? Je sais bien que le supérieur d'un ordre monastique peut porter ce grade, mais mon parrain n'appartient pas au clergé régulier. Il a toujours été séculier...

Elle s'aperçut bientôt que Jolival ne l'écoutait pas. Il gardait un silence absolu, mais son regard se fit tout à coup si lointain et si grave que Marianne, impressionnée, respecta sa méditation. Il avait abandonné son déjeuner, ouvert la minuscule boîte d'or et pris entre ses doigts le diamant qui fulgurait dans le soleil comme une goutte de feu. Un long moment, il le fit jouer avec la lumière qui en arrachait des éclairs bleus, comme s'il cherchait à s'hypnotiser lui-même.

— Tant de souffrance ! Tant de malheurs et de si tragiques conséquences à cause de ce petit morceau de carbone et de ses pareils. Evidemment, ajouta-t-il, cela expliquerait tout... même l'espèce de protection dont le cardinal couvre cette misérable femme, bien que ni vous ni moi ne puissions le comprendre. Mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Et plus encore celles que suivent ces hommes pour qui le secret est une seconde nature...

Mais Marianne en avait assez de cette atmosphère de mystère dans laquelle on la faisait baigner depuis vingt-quatre heures.

Перейти на страницу:

Похожие книги

Секреты Лилии
Секреты Лилии

1951 год. Юная Лили заключает сделку с ведьмой, чтобы спасти мать, и обрекает себя на проклятье. Теперь она не имеет права на любовь. Проходят годы, и жизнь сталкивает девушку с Натаном. Она влюбляется в странного замкнутого парня, у которого тоже немало тайн. Лили понимает, что их любовь невозможна, но решает пойти наперекор судьбе, однако проклятье никуда не делось…Шестьдесят лет спустя Руслана получает в наследство дом от двоюродного деда Натана, которого она никогда не видела. Ее начинают преследовать странные голоса и видения, а по ночам дом нашептывает свою трагическую историю, которую Руслана бессознательно набирает на старой печатной машинке. Приподняв покров многолетнего молчания, она вытягивает на свет страшные фамильные тайны и раскрывает не только чужие, но и свои секреты…

Анастасия Сергеевна Румянцева , Нана Рай

Фантастика / Триллер / Исторические любовные романы / Мистика / Романы